L'Art de Vivre est le plus grand Art qui soit. Cultiver l'Art de Vivre fait de soi un Artiste dans l'Art de Vivre sa vie.
Quel avenir pour l'espèce humaine? Quel futur pour la planète? C’était le thème du Congrès «Quel avenir pour l’humanité?» (question que la plupart des êtres humains n’ont pas trop envie de se poser) en Mai 2006 et telles étaient aussi, en ce 25 novembre 2006, les questions soulevées par les dialogues du XXIème siècle organisés par l'Office de la prospective de l'UNESCO. Des scientifiques reconnus, des hauts responsables, des personnalités incontournables relativement à ces grands enjeux ont dressé un effroyable bilan de l'état de notre planète, tout en espérant que l'humanité saura saisir cette opportunité pour construire une nouvelle civilisation.
Est-ce un rêve? Ou, au contraire, le cauchemar est-il déjà commencé?
C'est sur un constat désormais indiscutable que le directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsura, a ouvert ce cycle de dialogues du XXIème siècle, par la claire l’affirmation: "Nous vivons la première crise écologique globale".
Cela n’est plus une hypothèse; nous sommes déjà dedans.
Qu’on en juge avec ces quelques chiffes…
- La pollution atmosphérique provoque déjà pas moins de 1,56 million de décès par an en Asie.
- Les espèces disparaissent au moins cent fois plus rapidement que le rythme naturel et, à notre échelle, de manière irréversible.
- La biodiversité connaît une crise majeure sous la pression des activités humaines: certaines communautés en Himalaya en viennent, faute d'insectes, à devoir polliniser, oui, à la main...! (Michel Loreau, professeur d'écologie théorique à l'UNiversité McGill à Montréal, Canada)
- 13 millions d'hectares de forêts sont défrichés tous les ans, alors que les forêts contribuent à atténuer le changement climatique.
- Les forêts tropicales, qui abritent 70 à 90% de la biodiversité continentale, disparaissent pour répondre aux «besoins» des pays riches, tout en exploitant les populations locales qui en sortent appauvries (Francis Hallé, botaniste et biologiste ayant dirigé les missions scientifiques du "Radeau des cimes" sur les canopées des forêts tropicales). Et, lorsqu’il n’y aura plus de forêts, comment ces «besoins» vont-ils être «satisfaits»!?!
- Les catastrophes naturelles aggravent, chaque année, leur bilan avec 900 000 morts au cours de la dernière décennie et 2,6 milliards de personnes touchées. De plus en plus, faute de place ailleurs, des populations s'établissent dans des zones à risque, tandis que les «phénomènes hydrométéorologiques» (tempêtes et inondations) sont plus fréquents.
- La population humaine a été multipliée par quatre en un siècle, tandis que la consommation d'énergie et de matières premières a été multipliée par 10. La consommation planétaire en ressources et en énergie a donc été multipliée par quarante en un siècle!
- Ainsi, la pression de l'humanité dépasse significativement la capacité de la planète à absorber les pollutions humaines et à se régénérer: nous utilisons actuellement 1,2 planète(s), alors qu’il n’en existe qu’une seule de disponible (Mathis Wackernagel, directeur exécutif de Global Footprint network et co-créateur de l'Empreinte écologique).
- La désertification concernera un tiers des terres et touchera 2 milliards de personnes en 2050 à cause du changement climatique induit par les activités humaines.
- 2 milliards de personnes seront en situation de pénurie d'eau d'ici à 2025, probablement 3 milliards en 2050 (Jean Margat, vice-président de l'Association du Plan Bleu pour la Méditerranée et de l'Institut méditerranéen de l'eau).
- Le changement climatique accentuera les disparités géographiques dans la répartition des précipitations, augmentant ainsi la pression sur le vivant (Syukuro Manabe, scientifique réputé co-auteur du premier modèle global du climat).
En détériorant notre support de vie (Nous mangeons symboliquement l’Arbre de la Terre lui-même et non plus seulement ses fruits !) et en modifiant l'équilibre climatique qui ont contribué au développement de l'humanité, nous compromettons gravement notre avenir: en seulement un siècle et demi, nous avons épuisé et gâché des ressources que la Terre avait mis des centaines de millions d'années à façonner.
En effet, la Terre et l'humanité sont souffrants: "La planète est notre miroir, si la Terre est blessée et mutilée, c'est nous qui sommes blessés et mutilés" a souligné Koïchiro Matsura. "Nous devons devenir des symbiotes de la Terre et non pas des parasites (...) c'est de l'excès que notre planète est malade" a ajouté, dans son discours, l’ancien secrétaire général des Nations Unies, de Javiers Pérez de Cuéllar, qui a simplement ajouté: "Il faudra bien changer d'attitude, sinon c'est le suicide collectif". Le ton est donné, les termes sont graves, appuyés et sans équivoques, laisser faire serait tout simplement immoral et même criminel, comme le souligne Al Gore dans son film choc: "Une vérité qui dérange".
C'est pourquoi, ainsi qu’il en a été convenu en 2002 au sommet de Johannesburg, il faudrait lutter sur tous les fronts, car, pour la première fois de son histoire, l'humanité dans son ensemble doit prendre des décisions, faire des choix de civilisation qui vont déterminer son avenir, son destin, sa capacité à être ou ne pas être.
Amorcer la décroissance
Le président du comité brésilien du PNUE, Haroldo Mattos de Lemos, a souligné que, pour assurer un développement durable de nos sociétés, nous devons faire face à trois défis majeurs:
- Garantir la disponibilité des ressources naturelles.
- Ne pas dépasser, en ce qui concerne sa capacité à absorber et recycler les résidus et la pollution induits par nos activités, les limites de la biosphère.
- Réduire la pauvreté au niveau mondial.
Alors que ces indicateurs sont déjà clairement dans le rouge, le dernier montre la difficulté de ce défi: Comment réduire la pauvreté des pays les plus démunis sans augmenter leur croissance et donc leur consommation?
C’est pourquoi la responsabilité des sociétés «modernes» occidentales est pleinement engagée: nos pays riches consomment trop de biens superflus avec un mode de vie inconcevable à l'échelle de la planète: l’idéal illusoire de nos sociétés de consommation ne peut-être généralisé aux 8 à 9 milliards de personnes qui peupleront la Terre en 2050. Ainsi, pour assurer un niveau de vie décent aux populations les plus pauvres tout en garantissant notre avenir commun, il nous faut rapidement et obligatoirement stopper notre consommation superflue.
Cette alerte n'est, en fait, pas récente, car cela fait plus de trente ans que les scientifiques et écologistes tentent, à ce sujet, de mobiliser les politiques et l'opinion, mais l’on commence à peine à les écouter, regrette Dennis Meadows, co-auteur du célèbre rapport du Club de Rome «Limits to Growth» [«Limites à la croissance»] (1972).
À présent, les limites de l'acceptable sont dépassées, les êtres humains, aveuglés par le mirage du «progrès» technologique, continuent à souiller leur environnement en produisant trop et mal, en consommant trop et mal, en exploitant trop et mal les ressources. En 1972, cet audacieux rapport prônait déjà de ralentir la croissance afin de ne pas compromettre l’avenir de l’humanité. Désormais, c’est une nette «décroissance» qu’il faudrait entamer.
En effet, la «croissance», comme l’a rappelé Haroldo Mattos de Lemos, a trop longtemps été désignée comme le remède miracle à tous les maux. Notre développement ne doit plus être synonyme de croissance a ajouté l’ancien directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), Mostafa Kamal Tolba.
Le citoyen de base: entre fatalisme résigné et invraisemblable espoir
Comme sous la fascination des catastrophes qui arrivent, nous vivons écartelés entre une fausse image de sempiternel «progrès» et l’arrivée, toujours plus évidente, du mur au fond de l’horizon; intellectuellement nous n’arrivons pas à croire ce que, pourtant, notre cœur sait déjà.
Sachant que, par exemple, la production d'un banal blue-jeans demande 32 kg de matières premières et 8 000 litres d'eau, qu’un ordinateur requiert 11 tonnes de matière première et que le transport aérien, de plus en plus abordable, est pourtant, selon la méthode du bilan carbone, le principal responsable des émissions de CO2, comment allons-nous continuer à vivre?
Paradoxalement, le citoyen des pays riches est de plus en plus informé et sensibilisé à devenir conscient de la non durabilité de son mode de vie, sans pour autant s’engager significativement à modifier son quotidien.
Nicolas Hulot, auteur du Pacte Ecologique, acclamé par l'assistance et plébiscité par les sondages, souligne la schizophrénie auquel l'individu est soumis: d'un côté, il est tenté (via les médias et les publicitaires) par des biens de consommation de plus en plus futiles, nombreux et à toujours plus courte durée de vie, tandis que, d'un autre côté, il lui est demandé d'être éco-responsable.
Où est la cohérence? Sans véritable insurrection des consciences – mais est-il encore temps? – la catastrophe est-elle encore évitable?
La forte et rapide diminution de notre consommation en biens superflus et un mode de vie plus raisonnable resteront les mots d'ordre de ce dialogue pour le XXIème siècle: la décroissance ne doit plus être tabou, consommer ne doit plus être un signe extérieur de richesse: il y a bien d'autres manières de concevoir notre développement.
De plus, n'attendons pas du «progrès technologique» qu'il sauve l'humanité, car les solutions technologiques existent déjà et leurs évolutions ne pourront qu’en toute petite partie contribuer à relever les défis qui se présentent.
Au final, le doute n'est plus permis et pourtant nos comportements et nos politiques ne changent guère. Or, comme l'indiquait Darwin: "Ce ne sont pas les espèces les plus fortes ou les plus intelligentes qui survivent mais les plus rapides à s'adapter aux changements".
De ce point de vue, l'on peut dire que, globalement, l'on est nettement moins rapide que Lucky Luke, l'homme qui dégaine plus vite que son ombre... Par conséquent, les intervenants ne cachaient pas que nous allons vivre, au cours des années qui viennent, des changements sociaux, environnementaux encore plus importants que ceux survenus pendant le XXème siècle...
«Passons de la vanité à l’humilité» propose judicieusement Nicolas Hulot, qui, à la fin du dernier épisode d’Ushuaïa Nature (émission télévisée), s’interroge pertinemment pour essayer de savoir: « Mais à quoi pensait donc cet habitant de l’île de Pâques lorsqu’il a abattu le dernier arbre de l’île, entérinant ainsi l’irrévocabilité du naufrage de sa population?»
Mais à quoi pensent-ils donc, actuellement, ces êtres mal dénommés comme «humains» qui, maintenant, à vitesse grand V, dilapident et détruisent «allègrement» les dernières et irremplaçables ressources vivantes de cette pauvre planète?