L'Être humain individuel
face à l'Etat
Face à l'Être humain individuel il y a l'Etat.
Le mot "Etat" évoque un Absolu quasi divin.
L'Etat devrait, en effet, être la représentation sur Terre de l'Être Absolu. Car l'Etat découle de l'Être mais n'est pas l'Être ("Etat" est seulement en relation directe avec le participe présent "Etant" et non avec l'infinitif "Être").
Mais, en réalité, cela ne peut exister que dans le cas d'un Etat Théocratique. En dehors de cela, dans les actuels systèmes de gouvernement dits "démocratiques" (même lorsqu'ils sont encore aussi dits "monarchiques") l'Etat ne représente, aujourd'hui, généralement, que la collectivité face à l'Individu. L'Etat trouve alors, en principe, sa justification dans l'existence de la collectivité (composée des autres individus) se garantissant face à l'Individu et en particulier des individus possiblement malveillants.
Si l'Etat est fort - ce qui est souvent le cas! -, l'Être humain individuel, même totalement paisible et non-violent, peut alors s'en trouver écrasé et même broyé. C'est la raison pour laquelle beaucoup d'êtres humains individuels - presque tous - s'efforcent de composer avec l'Etat. Ceux qui ne le font pas s'exposent, bien souvent, à de dures représailles.
Pourtant, sur Terre, - les mots eux-mêmes l'indiquent - l'Être (même simplement humain) est supérieur à l'Etat, car l'Etat ne résulte lui-même que de la conscience d'un être-ensemble, sur un territoire déterminé, de nombreux Êtres visant à une façon d'Être-Ensemble qui soit policée. Le mot "policé" signifie simplement ici non la "police" au sens courant mais la vie dans la Polis c'est-à-dire dans la Cité. C'est cela la Politique: la vie dans la Cité. Quant à la conscience de l'être-ensemble elle n'est pas la Conscience elle-même, car le cœur d'une telle Conscience ne peut, en fait, résider que dans l'Individu.
De façon générale, même dans les états dits "démocratiques", en une quasi-mutilation psychique, dès sa naissance, le nouveau-né se trouve happé par les rouages d'un puissant Etat. Sans lui demander son avis, il est inscrit à l'Etat-Civil, souvent vacciné, et dès son plus jeune âge, envoyé dans un système scolaire largement contrôlé par l'Etat, où sévit, le plus souvent, à défaut de réelle formation, un redoutable formatage institutionnel, où, par une instruction quasi-exclusivement intellectuelle, excluant la réflexion morale - laquelle est d'essence spirituelle - on le conditionne à docilement accepter les diverses futures exigences de l'Etat sur lui, dont la moindre n'est pas l'impôt, dont le nom lui-même indique clairement lui-même le caractère arbitrairement imposé. D'autres sont le recensement, le service militaire obligatoire, l'assujettissement à des dizaines de milliers de règlements complexes, etc.
Ce qui est grave c'est lorsque la forte pression - largement inconsciente chez de nombreux êtres humains - exercée par l'Etat sur l'Individu tient lieu de conscience à cet Individu, laquelle ne peut pourtant être qu'individuelle. Lorsque la pression étatique existe déjà sur l'enfant avant même qu'il ne soit devenu l'adolescent en train de prendre conscience du monde qui l'entoure, alors il se trouve comme dans un sac ligoté à son sommet, avant même d'avoir pu sortir sa tête du dit sac pour regarder comment c'est réellement à l'extérieur!
Dans ces conditions, que reste-t-il à l'Individu, que reste-t-il de l'Individu? C'est tout le mérite de Henry David Thoreau d'avoir non seulement soulevé ces graves questions mais de s'être efforcé de clairement et courageusement prendre position et même au prix de la prison. L'on peut en juger en prenant connaissance, au moins en partie, de son célèbre écrit ayant notamment inspiré le grand écrivain russe Léon Tolstoï ainsi que le célèbre homme d'état, apôtre de la non-violence active, le Mahâtma (= grande âme) Gandhi: